Homélie dominicale par le père René Aucour

Homélie du 5 juillet 2020

Jésus emploie l’image du joug… c’est sûr qu’elle ne nous parle plus beaucoup aujourd’hui. Il ne nous reste souvent que l’image de la contrainte « matérielle ou morale », de la charge, du poids voire de l’épreuve. Il faut peut-être rappeler que le joug (et c’est une définition officielle) c’est : « une pièce de bois qui permet d’atteler des animaux de trait, qui se place sur la tête ou le garrot de ces animaux et qui est le plus souvent double afin d’atteler ensemble une paire de bœufs pour labourer ou tirer un chariot. » Donc une pièce de bois en double pour plusieurs raisons, d’abord pour exploiter au mieux les forces en particulier en les  divisant, en les répartissant sur les deux animaux et aussi pour guider, canaliser les animaux, autrement dit pour creuser le même sillon.
Comme Jésus nous y invite, nous pouvons appliquer ces images à notre foi, à notre vie chrétienne. Jésus nous parle de son joug. Il nous invite à le prendre sur nos épaules. Ce joug ne nous est pas imposé de force. C’est librement que nous le prenons. Et il le prend donc avec nous. Il le porte avec nous. Ainsi la peine est partagée. Il peut donc dire que son joug est facile et son fardeau léger puisqu’il le porte avec nous. Jésus ne nous charge pas d’un poids impossible à porter. Il s’engage même à le porter avec nous. Et il va marcher à notre pas, il va nous guider, il va nous aider à creuser le même sillon. Il n’est pas possible de se perdre. Il accompagne, il marche avec, sa présence est permanente.
Sa présence est aussi bien particulière. Il en parle juste avant, au début de cet évangile que nous avons écouté aujourd’hui. Sa présence est relation : « Personne ne connait le Fils sinon le Père et personne ne connait le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Il y a la relation entre le Père et le Fils. Mais Jésus ne s’en arrête pas là. Heureusement, sinon, ce serait leur affaire et nous ne serions que des spectateurs, exclus. Il y a une suite : et… L’homme, grâce au Christ, peut entrer dans cette relation qui fait vivre, qui permet de vivre et de porter le poids, le fardeau de la vie. Bien, sûr, le poids du jour comme dit la Bible ne disparait pas mais il est allégé et surtout il est possible d’avancer et de creuser librement, avec le Christ, son propre sillon.

Homélie du 28 juin 2020

Les paroles de Jésus heurtent nos oreilles aujourd’hui, peut-être même nous choquent. En tout cas, il s’adresse aux disciples, à ceux qui veulent le suivre. Il s’adresse donc à nous. Et il est question de choix. Suivre le Christ c’est le choisir et le choisir par amour. Etre chrétien c’est faire des choix qui sont difficiles. Il s’agit de mettre des priorités dans nos vies et le Christ Jésus doit être le premier servi, avoir la première place. Ces choix sont toujours à refaire.

Et Jésus continue : le choisir, c’est s’engager sur le chemin de la charité. Il s’agit de donner sa vie. Et dans ce passage, Jésus insiste sur l’accueil de l’autre. La charité est ici présentée comme l’accueil ou plutôt accueillir. Il s’agit bien d’une action, de faire des choses concrètes. L’accueil de l’autre est lié à la foi, au choix du Christ. La foi et la charité, croire et accueillir vont obligatoirement ensemble. C’est pourquoi l’accueil est si important. Il touche Dieu directement. C’est une grande chose qui passe par de toutes petites choses, de tous petits gestes. Jésus emploie la belle image du verre d’eau… simple verre d’eau fraîche. Donner un simple verre d’eau fraîche est la traduction concrète de l’accueil.

Et Jésus annonce le résultat, la conséquence : c’est la récompense, la vie. Croire et accueillir produisent la vie. C’est déjà l’expérience de cette femme dans la première lecture, au temps du prophète Elisée. Elle a accueilli très concrètement par une petite chambre sur la terrasse et à la fin c’est un fils qui est promis : tu tiendras un fils dans tes bras lui promet le prophète.

Nous avons aussi cette expérience. C’est important parfois de nous arrêter et de relire, de mesurer ce que nous vivons. Nous pouvons le faire dans le domaine de la foi… choisissons à nouveau de suivre le Christ…. Dans le domaine de l’accueil, de la charité…vivons très concrètement l’accueil de l’autre. Et dans le domaine de la vie produite, de la récompense reçue…reconnaissons le don de Dieu. Ce qui n’est pas toujours facile à mesurer…Et surtout faisons le lien entre les trois. Ne les séparons pas. Ne les opposons pas. Elles forment un tout, une unité… Croire, accueillir et recevoir, les trois dimensions de la mission aujourd’hui…

Homélie du 21 juin 2020

Jésus dans cet évangile, comme tout au long de ce chapitre, donne le programme, la feuille de route pour les disciples. Et d’abord il est clair : pour ceux qui acceptent, qui choisissent de se mettre à la suite du Christ, ce ne sera pas simple, pas facile. Le parcours est difficile. Il y a des épreuves, il y a des incompréhensions, il y a des persécutions. Déjà le prophète Jérémie le disait et l’a vécu. Il a été envahi par les calomnies. Aujourd’hui encore, nous savons qui vivre sa foi n’est pas facile. Nous pouvons penser à des situations, des pays où la persécution se continue. Des chrétiens aujourd’hui vivent aussi la calomnie de par le monde. Mais c’est pour chacun d’entre nous aussi notre expérience. La foi ne va pas de soi. Il y a toujours une sorte de combat, de lutte qui va avec. Combat pas forcément avec d’autres personnes, mais combat, lutte contre le doute, les remises en cause, les épreuves. Beaucoup de personnes ont exprimé, par exemple, que la traversée de ce temps de confinement a été aussi une épreuve et une lutte pour leur foi.
Mais Jésus ne s’en arrête pas là. Heureusement, ce serait vraiment désespérant. Avec cette dimension de lutte, il y a immédiatement celle de la confiance, c’est-à-dire de l’assurance que Dieu prend soin de chacun, l’assurance que chacun a de la valeur. La foi n’est donc pas une croyance en une liste de choses à croire. La foi, dans ce sens- là n’est pas une certitude. Elle est plutôt une assurance. C’est-à-dire une confiance qui rend plus sur le chemin, qui permet d’avancer. Jésus insiste à travers des images pour affirmer avec force la grande valeur de chacun aux yeux de Dieu… nous avons bien plus qu’un moineau et chaque cheveu de notre tête est compté. Ce qui semble si petit, si vite oublié ou perdu a une grande valeur. C’est dans la foi- confiance que nous sommes appelés à entrer.
Alors dans ce combat, dans cette confiance, le disciple est invité à témoigner, à raconter, à dire en pleine lumière, à proclamer sur les toits. La mission et le témoignage vont donc obligatoirement avec cette foi. Il n’est pas possible de se taire. C’est notre vie toute entière qui est appelée à devenir une parole. Dieu lui-même s'est dévoilé à travers la personne de Jésus. Un voile est tombé, une lumière a rayonné. Le disciple à son tour participe à ce dévoilement. Sa vie toute entière va révéler, mettre au jour. Le message est le même : tout homme a de la valeur. Il est aimé de Dieu, il est un frère. Il est appelé à rayonner de lumière. Nous tous, et notre monde en a tant besoin… Le monde en train de se réveiller sera-t-il rempli de cette de cette lumière ? Chacun en est aujourd’hui chargé…
Dans le combat de la foi, la foi- confiance rayonne d’une lumière à proclamer sur les tous les toits.

Homélie du 14 juin 2020

L’eucharistie, la messe a été souvent au cœur de nos préoccupations ces derniers mois. Ne pas pouvoir nous retrouver pendant de longues semaines pour célébrer ensemble nous a tous poussés à approfondir ce qu’est l’eucharistie pour nous et peut-être à en redécouvrir toute la richesse. Cela nous a obligé également à inventer personnellement, ou en famille de nouvelles formes de prière et de célébration.
Aujourd’hui cette fête du Saint Sacrement vient raviver notre foi et notre pratique. Les paroles de Jésus dans cet Evangile donnent le ton. L’ordre des mots est important. C’est d’abord lui Jésus qui se présente comme le pain vivant. Il est descendu du ciel. Il vient de Dieu. C’est Dieu qui a l’initiative. Ce n’est pas l’homme qui a inventé la messe. C’est le Christ qui nous la donne. Et il ne nous donne pas d’abord des rites, des choses à faire mais il nous dit justement que c’est lui, par toute sa vie, qui se donne. L’eucharistie c’est d’abord le don du Christ. Avec le mot eucharistie il y a forcément et obligatoirement le mot don, donner.
Et ensuite il est précisé que l’homme peut entrer dans ce mouvement, dans ce don. Jésus donne sa vie pour l’homme, pour la vie du monde. Ce don est pour que le monde vive, soit rempli de vie et même d’une vie éternelle, une vie qui vient de Dieu. Participer à l’eucharistie c’est entrer dans cette puissance de vie qui nous vient d’en haut. Ensuite deux expressions semblent se contredire mais il est impossible de les séparer. Il y a le mot demeurer et aussi envoyer. Demeurer au sens d’habiter, de se poser, de se reposer. Et c’est une réciprocité : demeurer en moi et moi je demeure en lui dit Jésus. Cette relation, cette intimité est le signe et la conséquence de ce don de vie. Mais immédiatement le mot envoyer est donné. Jésus lui-même est envoyé du Père alors l’homme aussi devient envoyé auprès de tous les hommes. L’eucharistie est faite pour être envoyé vers les autres.
Ainsi Jésus se donne, nous pouvons recevoir le don de sa vie, nous pouvons demeurer en lui, nous reposer en lui, et nous sommes envoyés pour donner à notre tour. Nous voyons bien qu’il faut toujours garder ces différents éléments pour bien vivre de l’eucharistie. Nous sommes toujours guettés par des oublis, des déformations. Les réactions diverses et les échanges dans les dernières semaines nous ont confrontés à notre propre foi. Nous pouvons parfois oublier l’un ou l’autre élément, ou bien en exagérer l’un ou l’autre. Par exemple, oui l’eucharistie c’est recevoir le don de Dieu qui vient en nous, oui c’est goûter sa présence en nous dans ce pain consacré mais il ne faut pas oublier la charité, le don aux autres. Ou bien, oui l’ouverture aux autres, l’attention aux plus pauvres est essentielle de la foi chrétienne, mais il ne faut pas oublier la source, le Christ qui donne sa vie pour tous les hommes. Ou bien, oui la messe est bien une démarche personnelle, une relation avec le Christ mais il ne faut pas oublier l’assemblée, c’est pour le monde, la vie du monde que le Christ se donne.
   
Dans la préface que nous lirons, nous avons ces mots : « Quand tes fidèles communient à ce sacrement, tu les sanctifies pour que tous les hommes, habitant le même univers, soient éclairés par la même foi et réunis par la même charité. » Avançons ensemble pour vivre ce « si grand mystère. »