Homélie dominicale par le père René Aucourt

Homélie du 09 août 2020

Le Seigneur passe… Tout au long de la Parole de Dieu qui nous est donnée aujourd’hui le Seigneur ne fait que passer. L’homme essaye de le trouver, de le voir passer, de le rencontrer. Alors son imagination fait son chemin et il faut bien reconnaître que l’homme se trompe si souvent. Le Seigneur passe dans nos vies et nous nous mettons à le chercher. Mais où est-il ? Nous pensons, nous imaginons qu’il va être présent dans une manifestation extraordinaire. Il nous semble que la présence de Dieu va avec le tonnerre, les éclairs, le bouleversement de nos habitudes et de nos repères. Dieu viendrait tout faire craquer. Il n’est pas là. Alors nous cherchons, nous partons loin, bien loin… nous perdons notre chemin et nous perdons la trace de la présence de Dieu. Il n’est pas où on avait imaginé sa présence. Il est ailleurs, il est vraiment le Tout Autre. Notre recherche de Dieu suit cet itinéraire bien déroutant.
Mais pourtant Dieu passe. Dieu passe dans nos vies. Le prophète Elie va enfin le voir passer, le deviner présent au cœur d’une brise légère, plus encore le murmure d’une brise légère. Dieu est présent dans le silence. Dieu passe dans le silence.
Avec Jésus également, les disciples ne le reconnaissant pas. Ile le prennent pour un fantôme et ils ne font qu’entrer dans la peur. Même ils se mettent à crier. Ils ne voient pas et ne comprennent pas que c’est Dieu lui-même en Jésus qui passe dans leur vie. Et cette présence mystérieuse est toujours une invitation à la confiance et à la foi. Cette foi-confiance empêche de couler et permet même de marcher sur les eaux de la peur. Le vent peut alors tomber et la vie en est transformée. Voici que le Seigneur marche avec, il étend la main. Le Seigneur passe dans nos vies et il étend la main et nous saisit dans la puissance de sa présence.
Nous sommes tous embarqués dans cette aventure humaine. Nous avons au plus profond de nous- mêmes cette recherche de sens, d’une présence qui nous rend plus sûrs. Nous sommes tous ballottés par les vents et les tempêtes. Et nous cherchons, nous imaginons et nous nous trompons de chemin. Notre Dieu pourtant ne cesse de passer. Il n’est pas là où on l’attend. Il est dans le silence, le murmure. Il est dans cette main qui se tend et vient nous saisir. Le Seigneur passe. Entrons dans la foi-confiance en ce Dieu qui passe dans nos vies.

Homélie du 02 août 2020

Aujourd’hui la Parole de Dieu nous entraîne dans l’abondance. D’ailleurs le petit mot de tout, de tous revient comme un refrain insistant. Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. Il y en a pour tout le monde et bien largement… il y a aussi des restes pour tout le monde : 12 paniers comme le nombre de tribus. Lorsque Dieu agit, il ne fait pas les choses à moitié. Il est très généreux. C’était déjà la promesse que le prophète Isaïe transmettait de la part de Dieu : vous tous qui avez soif, venez… C’est toute l’humanité qui est invitée à recevoir l’abondance, la générosité débordante de Dieu. Cette abondance est une nourriture, un pain qui fait vivre. Derrière les expressions employées, nous devinons que c’est le Christ lui-même qui se donne, tout particulièrement dans l’eucharistie. Il prend les pains, il lève les yeux, il dit la bénédiction, il rompt le pain, il le donne… autant de mots pour dire le don de l’eucharistie. Le Seigneur donne et partage sa vie.

Mais Dieu ne fait rien sans la participation de l’homme. Jésus dit aux disciples : donnez-leur vous-mêmes à manger… L’homme se présente avec sa petitesse… il ne peut offrir que cinq pains et deux poissons : ce n’est vraiment pas grand-chose. Mais c’est essentiel pour la suite. C’est de cette pauvreté, dans cette pauvreté, que le Seigneur donne en abondance. L’homme est participant nécessaire, même si sa participation est marquée par la pauvreté et la fragilité.

Chacun d’entre nous est marqué par la pauvreté. Nous pouvons si facilement en dresser le portrait. Nos limites, nos moyens nous rappellent notre pauvreté. Notre Eglise aussi est pauvre et fragile. Nous ne sommes plus dans une situation de domination ou même d’une image positive et rayonnante. Nous connaissons et vivons parfois douloureusement notre pauvreté, notre fragilité.
Mais Jésus aujourd’hui nous permet de porter un autre regard sur notre situation. Non pas un regard désespéré face à une déchéance, un échec. Mais un regard qui nous donne la force d’oser présenter nos faiblesses pour que le Seigneur les transforme… cinq pains et deux poissons qui vont nourrir une grande foule. Paul aussi nous le dit dans la deuxième lecture : oui il y a des épreuves, mais rien… et le mot est fort- rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ. C’est ce que nous osons dire, ce que nous célébrons dans l’eucharistie. Le Seigneur accueille notre faiblesse, il nous donne sa vie en abondance… alors c’est toute l’humanité qui peut en recevoir les bienfaits. La messe nous renvoie toujours à l’humanité toute entière. Comme Jésus nous sommes pris de compassion et nous pouvons partager l’abondance de ce pain de vie pour le plus grand bonheur de tous.

Homélie du 26 juillet 2020

Les disciples sont quand même un peu prétentieux. Jésus leur demande s’ils ont tout compris et ils osent répondre : Oui… Non, nous n’aurons jamais fini de comprendre les paraboles. Elles sont si riches. Il y a toujours quelque chose à découvrir. Aujourd’hui elles nous parlent du Royaume des cieux. Elles nous font entrer dans la compréhension de ce que Jésus est venu inaugurer, commencer… un royaume. Mais pas n’importe lequel. Jésus a toujours été très prudent pour en parler, il ne voulait pas se faire enfermer dans telle ou telle image. Les paraboles sont alors les bienvenues. Il emploie les images du trésor caché, d’une perle de grande valeur, d’un filet jeté dans la mer. Ce royaume a donc une grande valeur qui surpasse toutes les autres. Pour ce royaume, il faut se séparer de tout le reste, il faut faire un choix. Il faut mettre en œuvre tous les moyens pour l’obtenir. Il faut avoir de l’imagination pour le conquérir. Le Royaume est une perle, un trésor. Ce Royaume inauguré par Jésus, c’est d’abord Jésus lui-même. Entrer dans la connaissance et la relation avec Jésus, c’est le choisir en priorité. C’est lui donner la première place dans notre vie. Celui qui découvre le Royaume dans les paroles de Jésus connait un tel enthousiasme qu’il va pouvoir sacrifier ses anciennes sécurités. Il va tout vendre pour choisir avec grande joie le Christ lui-même. Nous voyons cette joie en rencontrant des personnes qui se convertissent, qui découvrent la foi. Pour les autres, n’avons-nous pas à renouveler cette joie et en conséquence ces choix de vie, cette priorité pour le Christ lui-même ?

La troisième parabole vient donner une précision importante. Il y a deux temps à ne pas confondre. Il y a celui de la pêche et celui du tri du poisson. Pour la pêche, le filet est jeté largement et  il ramasse tout, il ramène toute sorte de poissons. Il y aura ensuite le tri des bons et des mauvais, mais cela ce sera pour plus tard. Celui qui jette le filet est Dieu lui-même. Il ne commence pas par faire du tri. Comme dans une autre parabole, il sème largement. Il ne regarde pas la rentabilité, il propose, il jette le filet au grand large. Le temps du tri viendra bien un jour. Nous rêvons tous d’un Royaume qui ne serait rempli que par des gens bien, triés sur le volet, qui penseraient comme nous… un Royaume de purs, où bien sûr nous serions dedans. Non, lorsque Dieu sort, lorsqu’il sème, lorsqu’il jette le filet c’est largement, sans calcul. Ce Royaume est proposé à tous, sans exception. Ce trésor est proposé à tous. La foi n’est pas réservée à quelques spécialistes, ou à quelques personnes très vertueuses. La foi est proposée à tous. L’Eglise n’est pas une secte de parfaits… Bien sûr, elle l’a parfois un peu oublié. La parabole nous remet à la bonne place…

C’est vrai qu’en regardant notre vie, ces paraboles nous permettent de voir clair, et de discerner nos oublis, nos manques, nos déformations, notre péché. C’est vrai…mais il ne faut pas oublié l’essentiel : le Royaume, la rencontre avec le Christ est un trésor, une perle d’une grande valeur et il nous est toujours proposé. Le don de Dieu est permanent.

Homélie du 18 juillet 2020 Taizé - Sainte Marie- Madeleine

Ce texte d’Evangile est si riche. Regardons les étapes qui nous sont présentées. Ces étapes rejoignent bien l’histoire de notre vie, de notre foi.
 Tout part du tombeau. Le mot est répété comme un refrain insistant. C’est le temps des ténèbres, de la nuit, des pleurs et du tombeau. Marie- Madeleine est dans le temps de la mort. Elle ne peut que se pencher vers la mort. Elle est du côté du tombeau. C’est si souvent notre expérience ou bien celle de tant et tant de personnes de par le monde qui ne peuvent que se pencher vers le tombeau, vers la mort.

Une interpellation arrive jusqu’à Marie : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Cet appel vient d’ailleurs. Elle est une invitation à prendre un peu de distance pour pouvoir exprimer ce qui est la source de ses pleurs. Elle commence de répondre, de s’exprimer. Nous savons tous l’importance de pouvoir parler, exprimer ce qui nous tient à cœur, ce qui nous empêche de vivre, ce qui nous retient au tombeau.

Alors Marie pour la première fois va se retourner. Un retournement peut intervenir et elle peut recevoir alors une autre voix, un autre appel… mais toujours avec la même question : « Femme pourquoi pelures-tu ? » mais la question va se faire plus profonde : « Qui cherches-tu ? » Il faut qu’elle aille plus en profondeur. Elle doit aller jusqu’à son désir profond, jusqu’à la source, la motivation… quelle est sa recherche, quel est son désir ? C’est Jésus lui-même qui pousse Marie à aller en profondeur. Chacun de nous peut aussi percevoir au plus intime cette question : « Qui cherches-tu ? »

Alors Jésus se fait reconnaître simplement en disant son prénom : « Marie. » et elle répondra « Rabbouni. » La relation est rétablie, différente c’est vrai, elle ne pourra pas le retenir, le garder pour elle, mais la relation plus profonde encore pourra se développer. C’est alors que Marie à nouveau se retourne ; C’est la deuxième fois… Ne cherchons pas comment c’est possible. Simplement elle en est toute retournée. C’est sa vie toute entière qui en est changée. La relation avec le Christ ressuscité vient nous retourner chacun d’entre nous. Une relation, impossible à raconter, nous est donnée et cette présence vient changer notre vie.

Alors elle va immédiatement bouger, elle va aller voir les disciples, elle va annoncer, elle va raconter. Elle devient l’apôtre des apôtres. Elle ne peut pas faire autrement : elle doit par toute sa vie dire cette expérience essentielle.

La foi au Christ Ressuscité nous pousse, nous envoie, nous relève et nous envoie en mission. Nous ne pouvons pasq la garder pour nous. Elle est pour tous.
Quel parcours… le point de départ est le tombeau et la mort, le point d’arrivée est l’annonce joyeuse… entre temps il y a une rencontre qui fait aller d’une expression d’un pourquoi d’un évènement jusqu’à une plongée en profondeur… ainsi, comme le dit la préface, la « joyeuse annonce de la vie nouvelle peut parvenir aux limites du monde… »

Homélie du 12 juillet 2020

Jésus prévient : Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » Cela suppose donc que parfois, ou plutôt bien souvent, nous avons bien des oreilles mais nous n’entendons pas. Jésus nous donne bien sa Parole mais nous ne la recevons pas, ou bien mal. Pourtant il la donne vraiment, il la sème largement sa Parole. C’est ce qu’il nous fait comprendre dans cette parabole qu’il nous donne. L’évangile précise que Jésus est sorti de la maison et immédiatement après il parle d’un semeur qui sort pour semer. C’est bien le même. C’est lui Jésus qui sème la Parole. Et ce semeur est bien particulier. Il sème très largement, on peut dire à tout vent. Il y a de la graine qui tombe au bord du chemin, d’autres dans un sol pierreux, d’autres dans les ronces et d’autres dans la bonne terre. Il ne fait donc vraiment pas attention où se pose la graine. Il ne recherche pas vraiment la rentabilité. Ce qui est important pour lui c’est de semer, largement. Derrière ce semeur se devine le visage du Christ, de Dieu lui-même. Dieu est généreux, il sème au grand vent. Il ne fait pas de calculs ni de stratégie de rendement. Sa Parole de vie est toujours et partout semée…

Encore faut-il la recevoir pour qu’elle puisse vraiment pousser et aller jusqu’à donner du fruit. Ne commençons pas par diviser, mettre des catégories… il y aurait les personnes qui sont les ronces, d’autres le bord du chemin… Non, nous sommes chacun, chacune d’entre nous les 4 terrains à la fois. Parfois, dans notre vie, dans un domaine de notre vie, la Parole est vraiment reçue et elle donne du fruit, elle change notre vie. Parfois, dans un autre domaine de notre vie, la Parole n’a pas de racines et la Parole brûle et sèche. Parfois, elle pousse vite mais elle est étouffée par les ronces…C’est toujours important de regarder sa vie et d’évaluer ces lieux, ces moments où la graine de la Parole a poussé et d’autres non. Il faut faire la vérité sur sa vie. Le temps de l’été et des vacances peut être une belle occasion. Mais ce regard ne doit pas être uniquement un jugement, un constat. Il pourrait vite devenir source de découragement. Impossible de recevoir la Parole. Il faut toujours et peut-être avant tout affirmer avec force que cette Parole est semée dans nos cœurs, sans arrêt. Le Seigneur ne désespère jamais de nous. Il donne. Les chrétiens ont beaucoup trop spontanément cette attitude négative. Il suffit de lire ensemble un évangile ou bien de préparer une préparation pénitentielle pour immédiatement affirmer : on est bien loin de tout cela, nous sommes incapables et nous devenons des enfants qui se dévalorisent et ne sont capables de dire que leur incapacité. Le chrétien devrait plutôt dire en premier et ne jamais l’oublier : je suis comblé de la Parole de Dieu, il est si patient envers moi, envers nous. Il visite notre terre et il nous abreuve, il nous comble de richesses, il sème toujours son amour et sa miséricorde. Il ne cesse de nous donner sa Parole qui fait vivre. Celui qui a des oreilles, qu’il entende !

Homélie du 5 juillet 2020

Jésus emploie l’image du joug… c’est sûr qu’elle ne nous parle plus beaucoup aujourd’hui. Il ne nous reste souvent que l’image de la contrainte « matérielle ou morale », de la charge, du poids voire de l’épreuve. Il faut peut-être rappeler que le joug (et c’est une définition officielle) c’est : « une pièce de bois qui permet d’atteler des animaux de trait, qui se place sur la tête ou le garrot de ces animaux et qui est le plus souvent double afin d’atteler ensemble une paire de bœufs pour labourer ou tirer un chariot. » Donc une pièce de bois en double pour plusieurs raisons, d’abord pour exploiter au mieux les forces en particulier en les  divisant, en les répartissant sur les deux animaux et aussi pour guider, canaliser les animaux, autrement dit pour creuser le même sillon.
Comme Jésus nous y invite, nous pouvons appliquer ces images à notre foi, à notre vie chrétienne. Jésus nous parle de son joug. Il nous invite à le prendre sur nos épaules. Ce joug ne nous est pas imposé de force. C’est librement que nous le prenons. Et il le prend donc avec nous. Il le porte avec nous. Ainsi la peine est partagée. Il peut donc dire que son joug est facile et son fardeau léger puisqu’il le porte avec nous. Jésus ne nous charge pas d’un poids impossible à porter. Il s’engage même à le porter avec nous. Et il va marcher à notre pas, il va nous guider, il va nous aider à creuser le même sillon. Il n’est pas possible de se perdre. Il accompagne, il marche avec, sa présence est permanente.
Sa présence est aussi bien particulière. Il en parle juste avant, au début de cet évangile que nous avons écouté aujourd’hui. Sa présence est relation : « Personne ne connait le Fils sinon le Père et personne ne connait le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Il y a la relation entre le Père et le Fils. Mais Jésus ne s’en arrête pas là. Heureusement, sinon, ce serait leur affaire et nous ne serions que des spectateurs, exclus. Il y a une suite : et… L’homme, grâce au Christ, peut entrer dans cette relation qui fait vivre, qui permet de vivre et de porter le poids, le fardeau de la vie. Bien, sûr, le poids du jour comme dit la Bible ne disparait pas mais il est allégé et surtout il est possible d’avancer et de creuser librement, avec le Christ, son propre sillon.

Homélie du 28 juin 2020

Les paroles de Jésus heurtent nos oreilles aujourd’hui, peut-être même nous choquent. En tout cas, il s’adresse aux disciples, à ceux qui veulent le suivre. Il s’adresse donc à nous. Et il est question de choix. Suivre le Christ c’est le choisir et le choisir par amour. Etre chrétien c’est faire des choix qui sont difficiles. Il s’agit de mettre des priorités dans nos vies et le Christ Jésus doit être le premier servi, avoir la première place. Ces choix sont toujours à refaire.

Et Jésus continue : le choisir, c’est s’engager sur le chemin de la charité. Il s’agit de donner sa vie. Et dans ce passage, Jésus insiste sur l’accueil de l’autre. La charité est ici présentée comme l’accueil ou plutôt accueillir. Il s’agit bien d’une action, de faire des choses concrètes. L’accueil de l’autre est lié à la foi, au choix du Christ. La foi et la charité, croire et accueillir vont obligatoirement ensemble. C’est pourquoi l’accueil est si important. Il touche Dieu directement. C’est une grande chose qui passe par de toutes petites choses, de tous petits gestes. Jésus emploie la belle image du verre d’eau… simple verre d’eau fraîche. Donner un simple verre d’eau fraîche est la traduction concrète de l’accueil.

Et Jésus annonce le résultat, la conséquence : c’est la récompense, la vie. Croire et accueillir produisent la vie. C’est déjà l’expérience de cette femme dans la première lecture, au temps du prophète Elisée. Elle a accueilli très concrètement par une petite chambre sur la terrasse et à la fin c’est un fils qui est promis : tu tiendras un fils dans tes bras lui promet le prophète.

Nous avons aussi cette expérience. C’est important parfois de nous arrêter et de relire, de mesurer ce que nous vivons. Nous pouvons le faire dans le domaine de la foi… choisissons à nouveau de suivre le Christ…. Dans le domaine de l’accueil, de la charité…vivons très concrètement l’accueil de l’autre. Et dans le domaine de la vie produite, de la récompense reçue…reconnaissons le don de Dieu. Ce qui n’est pas toujours facile à mesurer…Et surtout faisons le lien entre les trois. Ne les séparons pas. Ne les opposons pas. Elles forment un tout, une unité… Croire, accueillir et recevoir, les trois dimensions de la mission aujourd’hui…

Homélie du 21 juin 2020

Jésus dans cet évangile, comme tout au long de ce chapitre, donne le programme, la feuille de route pour les disciples. Et d’abord il est clair : pour ceux qui acceptent, qui choisissent de se mettre à la suite du Christ, ce ne sera pas simple, pas facile. Le parcours est difficile. Il y a des épreuves, il y a des incompréhensions, il y a des persécutions. Déjà le prophète Jérémie le disait et l’a vécu. Il a été envahi par les calomnies. Aujourd’hui encore, nous savons qui vivre sa foi n’est pas facile. Nous pouvons penser à des situations, des pays où la persécution se continue. Des chrétiens aujourd’hui vivent aussi la calomnie de par le monde. Mais c’est pour chacun d’entre nous aussi notre expérience. La foi ne va pas de soi. Il y a toujours une sorte de combat, de lutte qui va avec. Combat pas forcément avec d’autres personnes, mais combat, lutte contre le doute, les remises en cause, les épreuves. Beaucoup de personnes ont exprimé, par exemple, que la traversée de ce temps de confinement a été aussi une épreuve et une lutte pour leur foi.
Mais Jésus ne s’en arrête pas là. Heureusement, ce serait vraiment désespérant. Avec cette dimension de lutte, il y a immédiatement celle de la confiance, c’est-à-dire de l’assurance que Dieu prend soin de chacun, l’assurance que chacun a de la valeur. La foi n’est donc pas une croyance en une liste de choses à croire. La foi, dans ce sens- là n’est pas une certitude. Elle est plutôt une assurance. C’est-à-dire une confiance qui rend plus sur le chemin, qui permet d’avancer. Jésus insiste à travers des images pour affirmer avec force la grande valeur de chacun aux yeux de Dieu… nous avons bien plus qu’un moineau et chaque cheveu de notre tête est compté. Ce qui semble si petit, si vite oublié ou perdu a une grande valeur. C’est dans la foi- confiance que nous sommes appelés à entrer.
Alors dans ce combat, dans cette confiance, le disciple est invité à témoigner, à raconter, à dire en pleine lumière, à proclamer sur les toits. La mission et le témoignage vont donc obligatoirement avec cette foi. Il n’est pas possible de se taire. C’est notre vie toute entière qui est appelée à devenir une parole. Dieu lui-même s'est dévoilé à travers la personne de Jésus. Un voile est tombé, une lumière a rayonné. Le disciple à son tour participe à ce dévoilement. Sa vie toute entière va révéler, mettre au jour. Le message est le même : tout homme a de la valeur. Il est aimé de Dieu, il est un frère. Il est appelé à rayonner de lumière. Nous tous, et notre monde en a tant besoin… Le monde en train de se réveiller sera-t-il rempli de cette de cette lumière ? Chacun en est aujourd’hui chargé…
Dans le combat de la foi, la foi- confiance rayonne d’une lumière à proclamer sur les tous les toits.

Homélie du 14 juin 2020

L’eucharistie, la messe a été souvent au cœur de nos préoccupations ces derniers mois. Ne pas pouvoir nous retrouver pendant de longues semaines pour célébrer ensemble nous a tous poussés à approfondir ce qu’est l’eucharistie pour nous et peut-être à en redécouvrir toute la richesse. Cela nous a obligé également à inventer personnellement, ou en famille de nouvelles formes de prière et de célébration.
Aujourd’hui cette fête du Saint Sacrement vient raviver notre foi et notre pratique. Les paroles de Jésus dans cet Evangile donnent le ton. L’ordre des mots est important. C’est d’abord lui Jésus qui se présente comme le pain vivant. Il est descendu du ciel. Il vient de Dieu. C’est Dieu qui a l’initiative. Ce n’est pas l’homme qui a inventé la messe. C’est le Christ qui nous la donne. Et il ne nous donne pas d’abord des rites, des choses à faire mais il nous dit justement que c’est lui, par toute sa vie, qui se donne. L’eucharistie c’est d’abord le don du Christ. Avec le mot eucharistie il y a forcément et obligatoirement le mot don, donner.
Et ensuite il est précisé que l’homme peut entrer dans ce mouvement, dans ce don. Jésus donne sa vie pour l’homme, pour la vie du monde. Ce don est pour que le monde vive, soit rempli de vie et même d’une vie éternelle, une vie qui vient de Dieu. Participer à l’eucharistie c’est entrer dans cette puissance de vie qui nous vient d’en haut. Ensuite deux expressions semblent se contredire mais il est impossible de les séparer. Il y a le mot demeurer et aussi envoyer. Demeurer au sens d’habiter, de se poser, de se reposer. Et c’est une réciprocité : demeurer en moi et moi je demeure en lui dit Jésus. Cette relation, cette intimité est le signe et la conséquence de ce don de vie. Mais immédiatement le mot envoyer est donné. Jésus lui-même est envoyé du Père alors l’homme aussi devient envoyé auprès de tous les hommes. L’eucharistie est faite pour être envoyé vers les autres.
Ainsi Jésus se donne, nous pouvons recevoir le don de sa vie, nous pouvons demeurer en lui, nous reposer en lui, et nous sommes envoyés pour donner à notre tour. Nous voyons bien qu’il faut toujours garder ces différents éléments pour bien vivre de l’eucharistie. Nous sommes toujours guettés par des oublis, des déformations. Les réactions diverses et les échanges dans les dernières semaines nous ont confrontés à notre propre foi. Nous pouvons parfois oublier l’un ou l’autre élément, ou bien en exagérer l’un ou l’autre. Par exemple, oui l’eucharistie c’est recevoir le don de Dieu qui vient en nous, oui c’est goûter sa présence en nous dans ce pain consacré mais il ne faut pas oublier la charité, le don aux autres. Ou bien, oui l’ouverture aux autres, l’attention aux plus pauvres est essentielle de la foi chrétienne, mais il ne faut pas oublier la source, le Christ qui donne sa vie pour tous les hommes. Ou bien, oui la messe est bien une démarche personnelle, une relation avec le Christ mais il ne faut pas oublier l’assemblée, c’est pour le monde, la vie du monde que le Christ se donne.
   
Dans la préface que nous lirons, nous avons ces mots : « Quand tes fidèles communient à ce sacrement, tu les sanctifies pour que tous les hommes, habitant le même univers, soient éclairés par la même foi et réunis par la même charité. » Avançons ensemble pour vivre ce « si grand mystère. »