Homélie dominicale par le père René Aucourt

Homélie du 16 janvier 2022

Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit… Les signes… oui Jésus réalise, accomplit, fait, donne des signes. Un signe est toujours là pour renvoyer à autre chose de plus grand encore que lui-même. Il ne faut pas s’arrêter au seul signe. Ici, à travers ce signe de la transformation de l’eau en vin, il y a beaucoup plus qui est dit. Plus encore, c’est un commencement… il y en aura donc beaucoup d’autres. Il s’agit d’un début, d’un commencement d’un monde nouveau. Avec Jésus voici qu’une nouveauté radicale s’installe. On peut dire qu’un monde nouveau commence. Et ce mariage en est le premier signe. Un mariage, c’est-à-dire une fête, une joie. Jésus est venu apporter la joie et le bonheur… une joie partagée. Et cette joie est liée à l’amour. Un mariage, une alliance. Plus largement, on peut dire que Jésus vient inaugurer un mariage, une alliance nouvelle entre Dieu et l’humanité. En fait c’est Dieu qui se marie, lui l’éternel amoureux se lie pour toujours avec l’humanité. Nous pouvons aussi faire le lien avec l’Eglise. Ce signe, ce commencement est le mariage entre le Christ et son Eglise. Elle est souvent présentée comme une fiancée parée pour son époux. L’Eglise est de cet ordre-là. Elle est liée au Christ. Alors l’abondance est au rendez-vous. Le vin en est le signe. Et il y en a…600 litres, il y a vraiment de quoi faire, de quoi se réjouir. Lorsque le Christ se marie avec son Eglise, il ne fait pas les choses à moitié. Il donne, il se donne très généreusement. Il vient changer notre eau en vin, il vient transformer notre vie sans goût ni saveur en très bon vin : c’est un bon cru. Nous avons tant de mal à accueillir cette nouveauté, et pourtant nous en avons tant besoin. Notre vision sur notre monde et notre Eglise est marquée par un certain pessimisme… nous sommes un peu blasés, usés. Voici que cet Evangile cette Bonne nouvelle vient nous réveiller. Il ne s’agit évidemment pas de nous cacher la réalité si souvent difficile, surement pas de se boucher les yeux… mais il s’agit d’accepter d’entrer avec Jésus dans un autre regard. Jésus le Christ vient partager ce qui fait notre vie et il vient la transformer. Il donne de participer à la joie d’aimer et d’être aimé. Et le bon vin pourra couler à flot…

« Royal époux, promis aux noces de la croix, Tu es venu réjouir les enfants de Dieu, Et tu changeas notre eau en vin. O viens, Seigneur Jésus ! Tendresse pour la terre ; Que nous chantions pour ton retour : Béni soit au nom du Seigneur Celui qui vient sauver son peuple ! »

Homélie du 09 janvier 2022

Le temps de Noël se termine par le baptême de Jésus. Demain commencera le temps ordinaire. Mais aujourd’hui avec cette fête, tout est dit. Le Christ Jésus se révèle, se montre dans toute sa dimension. Celui qui est né de Marie, celui qui a grandi dans une famille, celui qui a été reconnu et chanté par les anges, celui qui a été vénéré par les mages venus d’Orient, celui-là aujourd’hui nous est donné comme le Fils bien-Aimé du Père. Pour lui, c’est le ciel qui s’ouvre et il y a une parole qui affirme : « Toi, tu es mon Fils bien- aimé : en toi, je trouve ma joie. » Voici donc que dieu est « à tu et à toi » avec cet homme. Il y a une relation unique entre le Père et Jésus. Il est le Fils bien-aimé et plus encore, Dieu trouve sa joie en lui. Cette relation est une source de joie profonde. L’Esprit Saint qui est suggéré ici sous la forme d’une colombe affirme, complète cette relation. Ainsi, Dieu Père, Fils, Esprit sont présentés ici dans cette relation d’amour parfaite. Et à travers ce geste symbolique du baptême, voici que Jésus nous est annoncé comme celui qui prend le chemin des pécheurs, il accepte de recevoir ce geste de purification, lui qui n’en avait pas besoin. Il va être plongé dans l’eau, autrement dit plongé dans la mort mais il va sortir de la mort, se relever, ressusciter. Nous avons rassemblé ici tout le mystère de Jésus le Christ qui s’est fait l’un d’entre nous, qui est passé par la mort et qui est ressuscité. Mais Jésus le Christ devient alors pour nous une promesse, un appel. Il est le premier, il passe le premier. Chacun d’entre nous peut le suivre. Il va prendre le même chemin. C’est tout le sens de notre baptême et de notre vie de baptisé. Jésus a donné sa vie pour nous pour que nous puissions vivre de sa vie, de sa résurrection. A notre baptême, nous avons entendu la même phrase que Jésus : Oui, chacun, chacune est un fils, une fille bien-aimé(e) de Dieu. En chacun, chacune d’entre nous, Dieu trouve sa joie en nous. Il est heureux de notre existence, nous faisons la joie de Dieu. Et le Seigneur vient nous partager sa vie, son amour. Etre baptisé, c’est recevoir ce signe et c’est en vivre, autrement c’est aimer, à la suite et à la manière de Jésus, lui qui nous donne toujours sa présence d’amour.

Aux enfants qui font leur entrée en Eglise en vue du baptême :

Vous aussi, vous prenez le même chemin. Vous vous préparez pour recevoir plus tard le signe du baptême. Vous aussi, comme Jésus et à la suite de Jésus, vous allez recevoir la même parole : Toi, tu es mon enfant bien-aimé : en toi, je trouve ma joie… C’est une bonne nouvelle à recevoir. Mettez-vous en route pour découvrir, mieux connaître Jésus et vous entrerez ainsi dans la grande famille des baptisés, de ceux qui reconnaissent l’amour de Jésus pour eux et qui en vivent.


Homélie du 19 décembre 2021 4ème dimanche de l'Avent

Marie se met en route et elle va, avec empressement, nous dit l’évangile, rencontrer sa cousine Elisabeth. Elle va à sa rencontre, elle va la visiter et ensemble elles vont se réjouir de la visite de Dieu lui-même. Marie porte en elle le Seigneur Dieu et la rencontre avec Jean Baptiste que porte en elle Elisabeth est source de joie. Voici donc que Dieu vient visiter l’humanité. Il vient à sa rencontre, et c’est alors une source de joie profonde, qui fait tressaillir au plus intime.

Nous croyons et nous nous préparons à accueillir ce Seigneur qui vient nous visiter, qui est venu visiter les hommes et apporter sa joie. Marie peut de venir notre modèle. Elle porte en elle le Seigneur et elle apporte la joie. Nous aussi, chacun, nous portons en nous le Seigneur, la Bonne Nouvelle source de joie. Puisque nous croyons que Dieu s’est fait l’un d’entre nous, alors il est en nous, au plus intime. Nous sommes porteurs de Dieu, désormais. Saint Paul parle de Temple de l’Esprit, ou bien de corps du Christ. Oui, mais avouons que nous avons bien du mal à le croire vraiment. Nous mettons plus en avant nos incapacités, nos fautes, nos erreurs et évidemment elles sont bien réelles. Mais n’oublions pas notre dignité, nous sommes porteurs du Seigneur. Il habite chez nous, au plus intime. Alors ce sont toutes nos rencontres qui vont en être transformées, colorées, voire transfigurées. Plusieurs fois, des personnes qui visitent des malades racontent leur expérience en parlant de visites qui deviennent des Visitations. Et c’est vrai dans les deux sens, l’autre également est porteur du Seigneur, et c’est lui le Seigneur qui vient à ma rencontre. Nos regards sont alors changés.

La fête de Noël que nous nous apprêtons à vivre est souvent une occasion pour vivre des rencontres ou bien malheureusement parfois pour mesurer combien ces rencontres nous manquent. Ces rencontres sont parfois difficiles… s’écouter, parler avec d’autres qui n’ont pas le même point de vue que moi, les mêmes options c’est difficile et notre monde aujourd’hui en est particulièrement marqué… les listes de sujets à ne pas aborder en famille peut être longue. Des fractures sont là. Dans la foi, nous sommes invités à avoir un autre regard, une autre attitude. Il ne s’agit pas de ne plus avoir de point de vue, d’idée, de sensibilité, d’option, de choix de vie… sûrement pas. Il s’agit de ne jamais oublier que l’autre, comme moi, autant que moi, est habité par le Seigneur. Il porte, comme moi, le Seigneur. Alors je peux accueillir l’autre, tout en restant soi-même. Cette présence, comme pour Elisabeth et Marie, est source de joie et d’émerveillement.

Accueillons le Seigneur qui vient, entrons et vivons une véritable Visitation.

Homélie du 08 décembre 2021, fête de l’Immaculé-Conception

Marie a dit oui à l’invitation de l’ange, elle a dit oui à son Seigneur. Elle a hésité, elle a posé des questions, elle a voulu connaître un peu avant de s’engager : comment cela va-t-il se faire ?- mais elle dit oui, elle a donné son accord : que tout m’advienne selon ta parole. Elle a accueilli en elle la parole, la promesse qui lui a été faite. Elle l’a accueillie au plus profond, au plus intime d’elle-même. Et cette demande qui venait de l’extérieur n’est plus un corps étranger, mais Marie a tissé en elle cette promesse, elle l’a réalisée. Elle a donné un corps au Seigneur, à Dieu lui-même. Nous n’aurons jamais fini de nous étonner de cela. Jésus, celui que nous reconnaissons comme le Fils de Dieu est né d’une femme, comme le dit saint Paul… Jésus, né d’une femme.

Et c’est en cela que Marie devient pour nous le modèle de la foi, « celle qui a cru ». Son itinéraire est aussi le nôtre. La foi ne peut pas rester extérieure, étrangère à nous-même. Elle est toujours invitation de la part de Dieu pour entrer au plus profond, au plus intime de nous-mêmes et si, comme Marie, nous l’accueillons, alors nous pouvons tisser en nous la présence de Dieu pour le monde, d’une certaine façon nous donnons naissance, nous donnons corps au Seigneur. C’est ainsi que Marie est aussi la Mère de l’Eglise. L’Eglise toute entière est chargée de donner au monde ce Seigneur. Elle est le corps du Christ, c’est-à-dire l’être au monde, le visage de Dieu pour aujourd’hui. Nous savons bien que ce visage est souvent abîmé, déformé dans nos vies comme dans notre Eglise. Mais Marie nous en montre le chemin et le Seigneur ne cesse de nous renouveler, de nous rafraîchir… Marie devient pour nous le modèle. C’est pour cela que nous la prions. Elle nous donne et nous emmène vers le Seigneur. Elle nous accompagne dans le chemin, parfois difficile, de nos vies. Elle est la servante du Seigneur, la croyante, elle est la Mère de l’Eglise… Accueillons avec elle Celui qui vient dans nos vies, dans notre monde, dans notre Eglise.

Homélie du 05 décembre 2021 2ème dimanche de l'Avent

L’ensemble des textes aujourd’hui nous fait entrer dans la joie, l’espérance. Voici que Dieu fait une promesse qui vient transformer notre vie, notre monde. Même les chemins tordus sont appelés à être redressés, même les collines ou les escarpements vont être allégés, aplanis. Un monde nouveau de joie, de lumière, de miséricorde, de justice est promis. La venue de Jésus s’inscrit complètement dans ce projet, il vient le réaliser et le mener jusqu’à sa plénitude. Mais avec lui, on n’est pas dans de belles idées, de magnifiques discours, la réalisation de la promesse entre dans l’histoire humaine. Le début de passage d’Evangile insiste sur cette dimension historique. On donne une date : l’an 15… on donne des noms : Tibère, Ponce Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias, Hanne et Caïphe. On donne des lieux : Judée, Galilée, Iturée, Traconitide, Abilène. Des dates, des personnes, des lieux… un espace et un temps, voilà bien ce qui fait notre histoire, notre vie. Et bien c’est là qu’entre la parole de Dieu. Dieu, en Jésus entre dans l’histoire la plus concrète, la plus précise. Il entre donc dans nos vies, dans notre monde… et chacun pourrait réécrire ce passage de Saint Luc… en donnant des dates, des noms, des lieux… c’est ici, c’est dans notre monde tel qu’il est avec ses blessures, ses attentes que le Seigneur vient apporter et réaliser sa promesse. Il ne fait pas semblant, il n’a pas posé le bout du pied sur terre. Non il s’est fait l’un d’entre nous et c’est à chacun qu’il propose ce monde nouveau de joie et de lumière. La vie éternelle est commencée. Encore faut-il l’accueillir, accueillir Celui qui vient aujourd’hui. Préparons, accueillons, travaillons pour que la joie promise par Celui qui s’est fait l’un d’entre nous se réalise pleinement en nous, dans notre monde.

Homélie du 28 novembre 2021 1er dimanche de l'Avent

En écoutant ce passage d’Evangile, le premier réflexe est la peur… Jésus annonce des bouleversements, des catastrophes… le soleil, la lune, les étoiles, la mer : tout semble ébranlé, affolé, désemparé… La création telle que nous la connaissons semble être remise en cause… Mais il n’y a pas que cela dans le texte. Il y a aussi fortement une annonce : annonce d’un monde nouveau, d’une nouvelle création, d’un nouvel ordre… alors Jésus invite à une attitude qui n’est pas celle de la peur… au contraire : il invite à rester éveillé, à prier, à relever la tête, à se redresser et même à se tenir debout…Il n’invite pas à se baisser, s’abaisser, se replier sur soi, ni même à se mettre à se mettre à genoux, à s’écraser… Non, il invite à être debout, la tête haute… on peut dire à être libre, pleinement soi-même, heureux. Mais alors pourquoi faut-il ainsi se relever ?

Tout simplement parce qu’il vient le Seigneur, ou bien le Fils de l’Homme comme dit Jésus lui-même. Il vient, il est tout proche. Il vient dans notre monde, dans notre vie. Dans le désordre, Dieu vient mettre de l’ordre, il vient apporter la justice comme le disait Jérémie. Il vient relever, il vient sauver toute l’humanité. Nous croyons qu’avec la venue de Jésus un monde nouveau est commencé. Il est commencé, il a encore beaucoup à se développer. Son Royaume, son Règne n’est pas entièrement épanoui, mais son action se continue. Il se donne à nous et il agit dans notre monde, dans nos vies. Nous en avons tous tellement besoin. Il suffit d’écouter, de suivre l’actualité pour constater que notre monde est bien bouleversé, l’humanité abîmée, l’homme capable de détruire et de tuer, la création mise à mal… mais nous osons croire que l’amour de Jésus est à l’œuvre et qu’il continue de venir. C’est tout simplement pour cela qu’il est bon de se préparer à Noël et que c’est une grande fête pour chacun… Alors, veillons, prions, relevons la tête, tenons-nous debout… le Seigneur vient, il est notre Sauveur.