Homélie dominicale par le père René Aucourt

Homélie du 28 février 2021, 2ème dimanche de Carême

Nous aimons beaucoup entrer dans une logique qui nous parait naturelle et c’est bien normal. Par exemple, nous pensons la terre d’un côté avec le temps, l’espace et par ailleurs le ciel, le monde de Dieu en dehors de notre temps et de notre espace. Nous pensons en termes de vie sur la terre, puis du passage de la mort puis de la vie au ciel, comme on dit. Nous pensons notre temps comme une histoire, avec un avant et un après, avec un hier, un aujourd’hui et un demain. Ici, dans cet Evangile tout est mélangé. La logique n’est plus respectée. On aurait imaginé un avant : Jésus qui vit sur notre terre, comme un homme ; puis Jésus qui passe par la mort ; puis Jésus qui ressuscite et qui vient partager la lumière de sa vie nouvelle. Ce passage d’Evangile mélange tout et on aime bien voir que les apôtres ne comprennent pas tout. Ils se demandent entre eux ce que cela veut dire, nous précise le texte.

En effet, nous avons bien le monde de Dieu, le ciel, qui se présente, se montre sur la terre en Jésus. Le ciel est tombé sur la terre. Il n’y a plus de séparation. Et en plus ce ciel est habité de toute l’histoire du peuple de Dieu … il y a Moïse et Elie. Le temps et l’espace ne sont pas oubliés. C’est l’histoire humaine qui est dans la lumière du ciel. Le ciel et la terre se mélangent.

Jésus se présente dans la lumière de la Résurrection, mais immédiatement il rappelle qu’il faut que le Fils de l’homme passe par la mort. La réalité humaine, dramatique n’est pas oubliée. Jésus ne plane pas dans un monde irréel. Il a bien les pieds sur terre, il va même passer par l’épreuve de la mort.

Ainsi dans ce texte de la Transfiguration, tout nous est donné. Jésus se présente comme le Fils de Dieu, Dieu lui-même, mais il est celui qui va donner sa vie, passer par la mort. Il est celui qui s’inscrit dans une histoire, celle du peuple de Dieu mais il est venu pour la mener au bout. Nous ne pouvons que retenir la parole qui est donnée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. » Jésus se donne à nous, il est à accueillir, à écouter, à recevoir et nous n’aurons jamais fini de le contempler.

Dans notre vie de foi, nous essayons au jour le jour de le chercher, de comprendre, de le contempler mais nous savons bien que les jours sont parfois longs, et sombres. Heureusement quelquefois un peu de lumière vient nous éclairer. Il y a des moments dans l’histoire de notre foi où nous avons reçu une force, une grâce, un temps fort, un instant que l’on n’oubliera jamais. Ce sera une parole, une image, un geste, un évènement. Et cela nous illumine encore, même si cela n’a pas duré longtemps, même si c’était très rapide, très fugitif… la lumière continue de briller dans notre cœur. C’est important de s’en rendre compte, de regarder, de relire l’histoire de notre foi. Non pas pour s’y installer et être nostalgique comme Pierre qui voulait dresser une tente et s’installer. Mais plutôt pour accueillir ce Fils bien aimé qui vient éclairer toute notre vie, dans toutes ses dimensions. Il vient éclaire le passé, le présent, l’avenir, l’espace, le temps… Ecoutons-le.

Homélie du 21 février 2021, 1er dimanche de Carême

Marc dans son évangile nous donne souvent des résumés qui deviennent tout un programme de vie. On a aujourd’hui ce que dit et fait Jésus : «  Les temps sont accomplis ; le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’évangile. »

Les temps sont accomplis… c’est donc bien le moment. Ce n’est pas pour plus tard, pour un temps imaginaire ou bien pour après notre mort. Non, c’est fait, c’est bien pour aujourd’hui. C’est aujourd’hui que Dieu agit, c’est maintenant qu’il réalise son grand projet. Avec la venue de Jésus un monde nouveau est commencé. Son Règne est tout proche, il est bien là. Mais quel est ce monde nouveau ? Un monde où Dieu a une place, toute sa place. Il est présent et il donne son amour à chacun. Il donne sa vie pour toute l’humanité. Il ne cesse de l’accompagner. Alors c’est la vie de l’homme qui en est toute transformée. Il est possible d’aimer et d’être aimé. Il est possible de donner une place à chacun, et en particulier au plus petit, au plus pauvre. Il est possible de construire un monde où la justice et la paix ne sont pas que des paroles en l’air. Il est possible de construire une maison commune où la création toute entière est respectée. Il est possible d’être relié les uns aux autres, où il est possible de prendre soin de l’environnement, de la personne humaine et de tous les liens qui nous unissent.

Alors l’invitation nous est redonnée d’une façon vigoureuse : il faut nous convertir, c’est-à-dire changer de vie, changer de direction et il faut entrer dans la foi, dans l’écoute de l’évangile.

Cécile aujourd’hui, au moment de sa première étape, nous montrer qu’aujourd’hui encore cette parole retentit dans le cœur d’hommes et de femmes. Aujourd’hui 20 adultes vont dans notre diocèse recevoir l’appel décisif de la part de notre évêque, c’est-à-dire la dernière étape avant leur baptême. Oui aujourd’hui l’Evangile continue d’appeler et de parler. Le Christ continue son chemin dans le cœur de chacun.

C’est ce à quoi nous sommes invités particulièrement en ce temps de Carême qui nous est donné. Convertissons-nous et croyons à l’Evangile…

Homélie du Mercredi des Cendres 2021

Le texte d’évangile est construit sur un plan et un rythme très précis. Il y a 3 vagues qui sont tout un programme de vie, tout un programme pour vivre ce temps de Carême qui nous est donné. Il y a l’aumône, la prière et le jeûne. D’abord, il nous est précisé ce que l’on ne doit pas faire. C’est la partie négative : c’est-à-dire tout faire pour bien se montrer, pour avoir une belle image de soi auprès des autres : se donner en spectacle, se montrer aux autres, et prendre une mine défaite pour bien se montrer. Et la conclusion tombe, toujours la même : « Ceux-là ont reçu leur récompense ». Jésus démonte ce qui est parfois notre attitude : faire de belles choses mais pour se faire bien voir, pour cultiver sa belle image.  C’est vrai que ça fait plaisir : la récompense est donnée, si les autres trouvent que nous sommes des gens bien, c’est toujours bon à recevoir ; pas besoin d’autre chose. Jésus ne dit pas que c’est une mauvaise chose ; il invite simplement à aller au-delà, au plus profond, plus en vérité…

Vient alors une deuxième invitation bien différente : mais toi… Il s’agit d’entrer dans la vérité du geste, le véritable engagement intérieur, le secret intérieur. : donner dans la secret, prier dans lez secret, jeûner dans le secret. C’est ainsi que peut se construire une relation vraie avec Dieu, qui peut alors s’appeler véritablement Père…On n’est plus dans la façade, le look, on peut entrer dans la relation. Ton Père qui voit dans le secret te le rendra… Il ne s’agit pas tellement de récompense, de bon-point. Il s’agit d’une relation vraie d’amour, d’échange. L’amour de Dieu le Père viendra combler notre vie.

Et les trois invitations vont ensemble. Le partage, l’attention aux autres, la charité va avec la prière personnelle ou communautaire et avec le jeûne, la privation, le choix de vie pour vivre une relation vraie avec Dieu et avec les autres. Relation avec soi, avec Dieu, avec les autres… trois dimensions qui vont ensemble et qui sont signes de relation d’amour avec le Père…

Voici tout un programme pour ce temps de Carême… tout cela n’est pas fait pour nous embêter, au contraire… Sortirons-nous un jour de cette dimension négative du Carême. Ce temps nous est donné pour purifier, pour avancer dans la vérité et la profondeur de nos relations avec Dieu et avec les autres… ouvrir notre cœur. Chacun personnellement, et ensemble nous pouvons répondre à l’invitation. Et l’amour du Père nous sera encore plus rendu.

Homélie du 14 février 2021

Tout est dit dans la première lecture : on a l’impression que c’est une nouvelle directive pour aujourd’hui… il s’agit même de se couvrir le visage jusqu’aux lèvres…A l’occasion de cette pandémie, beaucoup de personnes ont vécu ce que les lépreux devaient vivre : être à l’écart, sans relations, ne voir personne. On a en particulier mis en avant les personnes âgées en EHPAD qui ne peuvent plus avoir de relations humaines.  L’Evangile prend pour aujourd’hui toute sa dimension.

Jésus  accueille un de ces nombreux lépreux. Il est saisi de compassion. Il est pris au ventre. Il accomplit alors un geste : il étend la main, il le touche et il donne une parole de guérison : je le veux, sois purifié. Jésus vient le guérir. Mais immédiatement après il le remet en relation. Il ‘envoie se montrer au prêtre. Ainsi il reprend sa place dans la société. Il n’est plus dans une maison en dehors du camp. Ainsi c’est l’homme tout entier que le Seigneur Jésus vient rencontrer. Il le remet debout, il le remet en relation, il lui redonne une dignité, il lui redonne une raison de vivre.

C’est ce que fait notre Dieu pour chacun. Il le fait par les sacrements : une parole et un geste qui viennent nous guéri, nous donner la force et nous mettre en relation. Il le fait au quotidien. Jésus le Christ en permanence est pris de compassion envers tous les hommes. A chacun il s’&approche, il touche, il dit sa volonté de guérir et de purifier. C’est la source de notre espérance et de notre confiance.

C’est aussi la source de notre mission. Parce que si Jésus le Christ agit ainsi, nous aussi nous sommes invités à faire de même. Nous participons à la mission de compassion et de guérison du Christ. Nous pouvons nous aussi nous approcher, même en respectant les gestes barrières… il y a tant de façon de nous faire proches. Nous pouvons nous aussi redonner, remettre en relation, aider à ce que chacun puisse trouver sa place dans la société. Le Pape François l’a rappelé dans son message pour la journée des malades :

« Unis au Christ par l’action de l’Esprit Saint, nous sommes appelés à être miséricordieux comme le Père et à aimer en particulier nos frères malades, faibles et souffrants. Et nous vivons cette proximité, non seulement personnellement, mais aussi sous forme communautaire : en effet, l’amour fraternel dans le Christ engendre une communauté capable de guérison qui n’abandonne personne, qui inclut et accueille, surtout les plus fragiles. »

Soyons donc, ensemble, avec le Christ Jésus, une communauté capable de guérison.

Homélie du 31 janvier 2021 (Mc 1, 21-28)

Aujourd’hui dans ce passage d’Evangile, Jésus enseigne. Le mot enseignement, enseigner revient comme un refrain tout au long du texte. Jésus se présente comme celui qui parle dans une synagogue, à Capharnaüm. Mais tout de suite, il est précisé que son enseignement est bien particulier. Il fait autorité, ou plutôt sa personne fait autorité. Et en plus son enseignement est nouveau. Il apporte de la nouveauté.

Mais Jésus ne fait pas que parler. Il agit. Son enseignement ne consiste pas en des paroles accumulées mais il met en œuvre, il agit. Il s’attaque directement au mal. Il y a un combat entre l’esprit impur symbole du mal, et celui qui est reconnu justement par cet esprit impur comme le Saint de Dieu. Et c’est le Saint de Dieu qui va gagner, qui va faire taire le mal qui ne pourra alors ne faire qu’une seule chose : sortir. Il est plus fort que le mal, il peut lui donner des ordres et le mal doit obéir. C’est ainsi que se révèle la nouveauté de l’enseignement de Jésus. Il fait effectivement taire le mal qui occupe le cœur de l’homme. Jésus vient le libérer.

Accueillons aujourd’hui encore cette nouveauté et cette autorité. Laissons-nous étonner. Laissons le Seigneur venir nous libérer. Reconnaissons-le comme celui qui vient faire taire le mal dans nos vies, dans le cœur de tout homme. Par notre baptême, nous participons à cette action du Christ. C’est lui qui nous l’a dit et qui nous envoie pour en vivre. Cela nous avons du mal à le croire…. Nous sommes chargés avec le Christ et grâce à lui de libérer l’homme enchaîné. Le croyons-nous vraiment ? Ne nous évadons pas dans des images spectaculaires. Mais simplement, dans nos quotidiens, dans ce qui fait notre vie, prenons conscience de notre mission de libération, à la suite et avec le Christ. Nous savons qu’une parole peut vraiment libérer. Regardons notre vie et nous trouverons des exemples simples mais bien réels… une parole, un geste, une attention, un engagement, une aide concrète, une prière… et quand le mal semble occuper toute la place, que nous ne pouvons rien faire, n’hésitons pas à tout remettre entre les mains de celui qui est venu nous sauver de tout mal. Vivons, avec lui et à sa suite, de l’autorité et de la nouveauté qu’a apportée le Christ Jésus.

Homélie du 24 janvier 2021 (Jn 1, 14-20)

Ce passage d’Evangile peut nous paraître un peu trop simple, voire simpliste : Jésus passe, il appelle ; Simon et André, Jacques et Jean  quittent tout, ils le suivent. Ces étapes sont des résumés et nous disent bien la radicalité de l’appel et de leur réponse. Il y a une démarche fondamentale qui engage toute la vie.

Les futurs disciples sont présentés sommairement. Ils sont frères, ils ont un métier précis et ils sont en train de l’exercer. C’est donc au cœur de leur vie quotidienne, de leurs relations, de leur travail, de ce qui fait leur vie qu’ils sont appelés. L’appel du Seigneur vient nous rejoindre nous aussi dans notre quotidien. Il n’est pas en dehors, dans un monde imaginaire. L’appel de Dieu résonne toujours au cœur de notre vie, très concrète.

Cet appel est traduit par ces mots : « je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Il y a donc à la fois un changement, il s’agit bien de devenir, de changer et une continuité : c’est toujours dans la pêche qu’ils vont s’investir. Celui qui reçoit l’appel va donc bien rester ce qu’il est… il ne va pas perdre sa personnalité. Et pourtant il va changer, il va évoluer, il va devenir. Il est appelé à inventer une nouvelle vie. Répondre à l’appel de Jésus nous permet de mieux découvrir et être ce que nous sommes vraiment. Il nous met en route, il nous fait devenir.

Et cet appel est un appel à suivre Jésus le Christ. C’est lui le seul Maître, c’est lui qui passe le premier et le disciple va marcher derrière lui. Cette suite implique des choix.  Il y a le petit mot « aussitôt » répété plusieurs fois. Suivre le Christ ne permet pas de regarder en arrière. C’est un avenir qui est toujours proposé.

Le Christ Jésus continue d’appeler aujourd’hui. Bien sûr nous pensons aux vocations de prêtres ou de religieux, religieuses… mais c’est à chacun d’entre nous que l’appel est lancé aujourd’hui. Au cœur de ce qui fait notre vie, avec tout ce que nous sommes, Jésus nous invite à inventer avec lui un avenir. Cet appel, nous pouvons le découvrir en lisant ensemble la Parole. En ce dimanche de la Parole, nous sommes invités à l’accueillir à nouveau comme une Parole de vie et non pas comme des mots difficiles à comprendre, ou bien d’un autre âge. C’est aujourd’hui qu’elle résonne dans nos vies. Parole de vie, Parole de devenir…

Homélie du 17 janvier 2021 (Jn 1, 35-42)

Au début et à la fin de ce passage d’Evangile, il est question de « poser son regard »… d’abord Jean Baptiste pose son regard sur Jésus, puis à la fin c’est Jésus qui pose son regard sur Simon. Poser son regard, c’est-à-dire porter de l’attention, entrer en relation et se mettre en recherche, vouloir construire quelque chose de solide, une relation forte. Jean le Baptiste est comme nous. Il cherche à comprendre. Il voit Jésus qui va et vient. Il veut comprendre le pourquoi de la vie de Jésus et il va même jusqu’à le montrer et l’appeler : « Agneau de Dieu » c’est-à-dire celui qui est attendu depuis longtemps et qui va donner sa vie comme un agneau offert en sacrifice. Ce Jésus est vraiment celui qui vient se donner, s’offrir pour toute l’humanité. C’est bien normal alors de poser son regard sur lui.

Plus loin, c’est Jésus lui-même qui porte son regard sur Simon. Il crée une relation avec lui et il va aussi lui donner un nom : « tu es Simon, tu t’appelleras Pierre. » Jésus reconnait ainsi cet homme et l’appelle pour le suivre. Il pose un regard d’amour qui est une invitation pour devenir disciple, un véritable ami pour partager avec lui sa mission, son annonce de la Bonne Nouvelle. Jésus pose un regard qui est un envoi.

Nous pouvons bien nous retrouver chacun dans cette attitude à un moment ou à un autre de notre vie. Nous aussi, nous cherchons. Nous avons besoin de trouver du sens à ce que l’on vit, ce que l’on fait. Nous ne pouvons pas simplement aller et venir. Il nous faut donner un sens, répondre au pourquoi. Alors nous posons nos regards en attente de mieux comprendre notre vie, notre histoire, notre époque… et les questions ne manquent pas dans ces jours que nous vivons. Nous avons besoin de reconnaître que quelqu’un est venu et vient aujourd’hui porter avec lui ce qui fait notre vie et lui donner un sens et un allant. Nous avons besoin de reconnaître que Jésus est cet Agneau de Dieu qui a donné sa vie pour nous et qui continue de le faire. Nous avons besoin de tourner, de poser notre regard sur lui.

Mais il ne faut jamais oublier non plus que Jésus lui-même en fait autant avec nous. Il pose son regard sur chacun d’entre nous et il nous choisit, il nous envoie, il nous pousse. Il nous donne mission pour tous les hommes. Son regard ne condamne pas, n’enferme pas dans le passé ou les erreurs. Son regard est positif, il nous met en avant. Son regard est toujours posé sur nous, non pas pour nous surveiller ou nous punir… au cas où… non il est là pour nous accompagner… C’est un regard qui voit dans l’avenir. Il nous dit qui nous sommes et il nous appelle…

Homélie du 10 janvier 2021

Derrière les expressions et les images employées dans cet Evangile, se dessine, se devine toute le mystère de Jésus, le Fils bien-aimé.

D’abord il est plongé dans l’eau du Jourdain. Il va au fond de l’eau… eau signe de mort. On peut s’y noyer. Jésus va aller jusqu’au plus profond de la mort, il est descendu aux enfers dit le Credo. Mais il ne reste pas au fond. Il va remonter de l’eau, dit l’Evangile. Il va passer la mort pour ressusciter. L’eau est aussi signe de vie. Il va remonter, se lever. Le Christ Jésus est mort et ressuscité.

Alors nous dit Saint Marc, il voit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre. Les cieux ne sont plus fermés. Le monde  de Dieu n’est plus coupé du monde de l’homme. Avec la venue de Jésus, à Noël, le ciel se déchire… Dieu vient traverser les cieux, il vient se poser sur la terre. Il est désormais chez lui lorsqu’il est chez nous. Alors Dieu pourra dire : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toit, je trouve ma joie. » Ces petits mots disent cette relation unique entre le Père et le Fils. Il est le Bien-aimé et il fait la joie de Dieu, il remplit le cœur du Père.

Contempler ainsi le Christ Jésus nous renvoie forcément à nous-mêmes. Nous vivons le même itinéraire. Notre baptême nous emmène sur ce même chemin. Nous aussi, nous avons été baptisés, c’est-à-dire plongés dans la mort avec le Christ pour vivre avec lui ressuscité, comme le dit Saint Paul. Par notre baptême, nous pouvons remonter de l’eau, nous sommes avec le Christ plus forts que toute mort. Pour nous aussi, le ciel se déchire et nous pouvons entrer en relation intime avec Dieu. Il dit de chacun de nous, à la suite du Christ : « Tu es mon Fils, ma Fille bien-aimée » Dieu ose même dire qu’il trouve sa joie en nous. Le Pape François a dit à Noël que Dieu vraiment nous surestime… Et nous le savons : entrer dans cette relation fait de tous les hommes nos frères et sœurs. Jean nous le redisait dans la deuxième lecture : accomplir le commandement de Dieu c’est aimer Dieu et aimer les enfants de Dieu. L’un ne va pas sans l’autre.

Redécouvrons notre baptême… Il nous donne une dignité extraordinaire que nous n’aurons jamais fini de mesurer. Nous nous sommes peut-être un peu habitués… nous sommes parfois des « vieux baptisés «  et cela n’a rien à voir avec l’âge. Renouvelons la jeunesse de notre baptême. Recevons à nouveau cette déclaration d’amour de Dieu : « Tu es mon Fils bien-aimé : en toi, je trouve ma joie. »

Homélie du 03 janvier 2021

Les mages sont très populaires à tel point qu’au long des siècles beaucoup de traditions leur ont été rajoutés. Ils sont devenus rois, ils sont au nombre de 3 etc… Mais au-delà du folklore, ils peuvent être nos guides. Ils peuvent vraiment nous aider dans notre marche, notre démarche de foi. D’abord ils cherchent, ils sont curieux. Ils sont curieux de Dieu, de spiritualité. Ils veulent trouver un sens à leur vie, alors ils se mettent en route. Ils suivent une étoile. Ils ont trouvé un signe dans leur vie et ils veulent connaître et comprendre. Ils rejoignent beaucoup de nos contemporains … et nous-mêmes. Des signes nous sont donnés et nous aident à nous mettre en route. Mais cela ne suffit pas. Ensuite ils se mettent en relation avec d’autres. Ils échangent, ils expliquent, ils discutent, ils cherchent avec d’autres. Les autres sont plus ou moins bienveillants, mais ils entre en discussion. Plus tard, ils vont ouvrir la Parole de Dieu. D’autres vont chercher et trouver un éclairage dans cette Parole, dans cette Révélation. Puis forts de ces échanges et de cette Parole de Dieu, ils vont reprendre la route. Ils vont être prêts pour entrer dans la reconnaissance : reconnaissance de ce Dieu qu’ils cherchent. Ils entrent dans une grande joie, ils se prosternent, ils peuvent offrir leurs cadeaux. Après cet acte de foi, ils vont rentrer chez eux, mais par un autre chemin. Leur route a été changée, leur vie en a été transformée.

N’est-ce pas l’itinéraire de notre foi ? Un chemin parfois un chaotique avec des avancées et des reculs, mais un chemin qui nous emmène jusqu’à la reconnaissance du Christ Sauveur. Notre foi repose sur cet ensemble d’étapes. Des signes donnés et reconnus, mais aussi discutés, échangés… nous ne sommes jamais seuls dans l’histoire de notre foi. Et toujours à la lumière de la Parole de Dieu échangée, mangée ensemble. Avec des temps de plénitude et de reconnaissance où nous voyons, nous devinons la présence du Seigneur. Et avec un temps de retour à notre vie quotidienne transformée. La foi est une lumière. Avancer sur ce chemin c’est recevoir une lumière, l’accueillir, la comprendre et c’est devenir alors lumière pour les autres. La bénédiction finale le redira : Que Dieu fasse de nous des lumières pour guider nos frères sur leurs chemins.

Tout un programme pour une nouvelle année. Que les mages nous accompagnent tout au long de cette année.

Homélie de Noël 2020

Un enfant a posé récemment la question : « Mais pourquoi on raconte ce qui s’est passé il y a très longtemps aujourd’hui, pourquoi on lit un texte aussi vieux aujourd’hui ? » C’est justement ici que se révèle la foi des chrétiens. Nous nous souvenons d’un évènement arrivé il y a très longtemps. Dieu est entré dans notre histoire, la grande histoire. Il s’est fait homme. Jésus est l’envoyé de Dieu. Il est venu partager ce qui fait la vie des hommes avec les joies et les drames. Il l’a vécu complètement, parfaitement, jusqu’au grand passage de la mort. Il n’a pas fait semblant, il n’a pas posé le bout des pieds sur notre terre, il a même été mis en terre. Mais il a aussi transformé ce qui fait la vie humaine. Plus fort que toute mort, il est ressuscité et vivant. Il est présent.

Dieu est entré dans la grande histoire. Mais à Noël, nous ne faisons pas que nous souvenir d’un évènement du passé. Nous croyons aussi que Dieu entre dans notre propre histoire. C’est aujourd’hui qu’il vient. C’est aujourd’hui qu’il se fait l’un d’entre nous. Si nous sommes réunis, si nous fêtons Noël, c’est que nous croyons que Jésus vient partager notre vie, telle qu’elle est. Notre vie marquée par des inquiétudes, des épreuves, des bouleversements… et ils ne manquent pas tous ces temps-ci. Il vient les partager et il vient apporter un sens nouveau, une vie nouvelle. Il vient apporter un peu de paix, de tendresse. Il vient apporter un peu de lumière dans la nuit. Il vient et il invite à partager cette paix, cette lumière, cette tendresse dont nous avons tous tant besoin. Il vient aujourd’hui nous inviter à partager la vie.

Oui, aujourd’hui Dieu ne reste pas confiné. Il rejoint chacun. Jésus, le Christ vient aujourd’hui dans l’intimité de notre vie.

Homélie du 20 décembre 2020

Marie dit : « Que tout m’advienne selon ta parole. » Elle dit oui, mais sa façon de dire oui est tout à fait particulière. Elle a reçu une parole de la part de Dieu. Une parole qui n’est constituée de mots alignés les uns sur les autres, mais une parole qui est une promesse qui la touche au plus intime et qui aura des conséquences pour tout un peuple et toute l’humanité, toutes les générations. Elle reçoit cette promesse mais elle prend le temps. Elle va poser des questions, elle va demander des précisions. Elle ne dit pas un oui sans réfléchir. Elle accueille vraiment au plus profond d’elle-même cette parole. D’abord elle est bouleversée, elle se  demande, elle se pose des questions sur ce que peut signifier cette salutation, puis elle demande « comment cela va-t-il se faire ? »  Ainsi on voit bien une évolution, une histoire. Il lui faut du temps pour aller jusqu’à sa réponse. Il lui faut des étapes… rien n’est acquis. Ensuite seulement, elle va pouvoir dire son acceptation de l’évènement. Elle reçoit la parole au plus profond d’elle-même ; Elle la promesse, la parole qui va prendre chair en elle-même. Le Verbe se fait chair. Il va entrer dans l’histoire humaine, par Marie.

A quelques jours de Noël, Marie nous montre le chemin. Sa réponse est aussi pour nous tout un programme, tout un modèle. Dieu est entré dans l’histoire humaine. Je trouve que cette année, avec les circonstances particulières que nous vivons et connaissons, nous sommes invités à approfondir cette dimension. Dieu ne vient pas dans un monde imaginaire. Noël n’est pas une belle histoire pour faire rêver les enfants. Nous croyons qu’il est venu en Jésus dans notre histoire et que c’est aussi aujourd’hui qu’il vient. Il vient dans notre monde marqué par les inquiétudes, les peurs, les contradictions, les solitudes mais aussi les gestes de solidarité ou de proximité.  Il vient là et pas ailleurs. Il vient aussi dans notre vie, la plus intime, marquée elle aussi par toutes ces épreuves, mais aussi ces joies et ses espérances. Il ne vient pas ailleurs, c’est au cœur de notre vie qu’il vient.

Et Marie nous montre aujourd’hui le chemin pour l’accueillir. Un chemin marqué bien sûr par les questions et les hésitations : « comment cela va-t-il se faire ? » mais aussi marqué par cette confiance en une promesse, confiance en une parole… la parole qui se fait chair, qui prend corps aujourd’hui dans notre monde, dans notre vie.

Homélie du 13 décembre 2020

Dans la première lecture, le prophète Isaïe annonçait : «Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations. » A travers cette réalité de notre terre, nous pouvons rejoindre tout le mystère et la profondeur de ce temps que nous vivons à l’approche de Noël. Oui il y a dans notre monde des germes et des semences. Nous avons souvent bien du mal à les voir. Nous sommes plus marqués par des peurs ou des constats de mort et de désolation au cœur de notre hiver. La période difficile que nous traversons ne nous incite pas à remarquer ce qui pousse, ce qui grandit. Pourtant, changeons notre regard. Nous pourrons surement découvrir des germes de paix, des semences d’amour… à travers tel ou tel geste de solidarité ; à travers le respect de la nature et de la création ;  ce qui se prépare pour les fêtes de Noël à travers par exemple ces paniers solidaires préparés par le Secours catholique ; à travers une attention aux personnes isolées ;  à travers une pensée pour tous ceux qui vivent difficilement l’isolement forcé… A chacun de continuer la liste. Elle peut être longue. Oui, dans notre monde blessé aujourd’hui, des semences et des germes apparaissent.

Ces germes deviennent pour nous des signes. Dieu lui-même est à l’œuvre. C’est lui qui fait germer la justice et la gloire. C’est lui qui vient nous la donner d’une façon unique dans la venue de son Fils Jésus. Oui la gloire de Dieu, c’est-à-dire son être profond nous est partagé, donné. Et Isaïe le promet c’est devant toutes les nations. Il ne s’agit pas seulement d’un petit cadeau réservé à une personne, voir même à un peuple. Non, tous les peuples, toute l’humanité, toutes les générations peuvent accueillir et bénéficier de ce fruit qu’est le Christ Sauveur. Il est venu au milieu de nous et c’est le monde entier qui en est transformé. Le monde n’est plus enfermé dans la mort. Par sa résurrection, la vie est promise. Les germes peuvent produire des fruits.

On dit que cette année, par la réalité de la situation, nous sommes contraints de revenir au vrai sens de Noël. La fête et la joie seront présents mais d’une façon plus profonde, plus vraie. Certains disent que nous sommes invités à vivre une sobriété heureuse. Dans la simplicité, ouvrons nos yeux et nos cœurs pour découvrir ces germes et ces semences. Oui le Seigneur Dieu fait germer sa justice et sa gloire devant toutes les nations.

Homélie du 06 décembre 2020

Dans cette étape dans le temps de l’Avent, un nouveau personnage, un nouveau témoin nous est proposé : Jean le Baptiste. Comme son nom l’indique, il baptise. Mais il le fait pour se préparer, pour se purifier. Il baptise dit-il avec de l’eau. C’est une étape, mais il y en aura une autre, plus importante, plus complète. Jean Baptiste se présente toujours comme celui qui annonce la venue d’un autre. Il le montre, et il s’efface derrière lui. Cet autre qui va venir est plus grand, plus fort que lui. Lui, il ne fait que l’annoncer, que préparer son chemin. Lui, il le montre et il s’efface derrière lui.

Jean- Baptiste est un modèle pour nous, dans ce temps de l’Avent. Nous sommes à notre place chargés d’annoncer ce même Seigneur, de le montrer. Nous ne sommes pas à notre compte, nous ne sommes pas propriétaire du Christ Jésus. Il est l’Autre que nous attendons. Il nous dépasse, il nous surprend, il est plus grand que nous. Jean Baptiste est le dernier des grands prophètes, c’est à dire de ceux qui parlent au nom de Dieu. Nous sommes de par notre baptême également prophètes. Nous sommes chargés de parler au nom de Dieu, de dire, de montrer ce Dieu qui vient faire toutes choses nouvelles. Et il y a tant à faire, tant à annoncer. Les chemins sont bien souvent tordus. Il y a des ravins, des escarpements. Notre monde a tant besoin de cette Bonne Nouvelle. Nous sommes dans ce temps si particulier où l’approche des fêtes de Noël nous réjouit, mais où la peur et la violence se sont bien installées dans notre monde. Alors, comme le prophète Isaïe, comme Jean- Baptiste, qu’allons-nous annoncer pour notre monde tel qu’il est ? Ne faut-il pas redire ce qu’est le sens profond de Noël pour nous ? Une fête évidemment, mais pourquoi faire la fête, pourquoi se réjouir ensemble ? Il nous faut rendre compte de notre foi, dans le respect de chacun bien sûr… mais n’est-ce pas urgent de dire explicitement ce qui fait notre foi ?

Oui, nous croyons que Dieu est entré dans notre histoire. Il est venu prendre nos chemins et il est venu ouvrir un possible, inaugurer un monde nouveau. Ce monde nouveau est commencé et il est toujours à accueillir. A la suite de Jean- Baptiste et comme lui, élevons la voix avec force pour porter la Bonne Nouvelle au monde. Dieu prend soin de chacun…

Homélie du 29 novembre 2020

Avec ce premier dimanche de l’Avent, la Parole de Dieu nous invite à entrer dans une première attitude : Veillez. Jésus le dit même à tous : Veillez. Il faut donc entrer dans cette attitude fond pour bien accueillir Celui qui vient parmi à Noël. Mais dans quel sens ? Il faut regarder ce que Jésus dit avant. Il raconte une parabole, il fait une comparaison. C’est comme un homme parti en voyage. Il y a donc au départ une absence. L’homme n’est plus là, il a quitté sa maison, il est parti et il confie tous ses pouvoirs à ses serviteurs. Chacun sait ce qu’il a à faire. Comment ne pas faire le lien avec le Christ lui-même. Il est absent, il n’est plus visible au milieu de nous… Nous ne pouvons manger et boire avec lui, comme dit l’Evangile. Il est parti en voyage et il a confié ses biens et ses pouvoirs. Il a envoyé ses disciples. Il a confié une mission, un travail précis à ceux qui veulent le suivre. Disciples de Jésus le Christ, nous avons chacun reçu une mission. La mission de témoigner, de rayonner de cette vie en plénitude qu’il est venu nous donner, nous confier. Il n’a pas gardé pour lui ce trésor. Il a pris des distances, non pas pour s’en désintéresser mais pour faire confiance, pour le confier aux hommes. C’est pour cela que nous sommes invités à veiller. La veille et la confiance vont ensemble. Une veille non pas crispée comme pour garder un trésor, le préserver des voleurs qui peuvent venir à tout moment. Mais une veille pour s’assurer que la Bonne Nouvelle est annoncée, partagée. Il ne s’agit pas de veiller pour garder au chaud. Il s’agit de veiller pour que le Christ lui-même puisse être donné, partagé, connu, aimé. Veiller pour qu’un évènement puisse vraiment avoir lieu, se produire réellement dans notre monde.

Nous savons et nous l’expérimentons : notre monde a tant besoin de cette Bonne Nouvelle, tant besoin de la venue du Christ, Fils de Dieu. Notre monde traverse des inquiétudes et des épreuves. Chacun en a l’expérience. C’est au cœur de ce monde-là que quelqu’un est promis. Voici que nous attendons que Dieu lui-même vienne aujourd’hui. Que son message d’amour et de paix, de plénitude de vie pour chacun puisse devenir concret et réel…

La veille et la confiance vont ensemble. La veille et l’action vont ensemble. La veille et le témoignage vont aussi ensemble. Viens Seigneur Jésus. Qu’il rende ferme notre foi, joyeuse notre espérance et constante notre charité.